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Debian et RMS, la montagne a accouché d’une souris

dimanche, avril 18th, 2021

Suite au retour de Richard Stallman (RMS) au board de la Free Software Foundation (FSF), pas moins de neuf anciens Debian Project Leader (DPL) – Neil McGovern, Stefano Zacchiroli, Ian Jackson, Lucas Nussbaum, Martin Michlmayr, Mehdi Dogguy, Sam Hartman, Sam Hocevar et Steve McIntyre – ainsi que l’actuel DPL Jonathan Carter, ont signé une lettre ouverte initiée par Molly de Blanc et intitulée An open letter to remove Richard M. Stallman from all leadership positions.

Rappelons que Richard Stallman n’est rien de moins que l’inventeur des quatre libertés essentielles définissant le logiciel libre et du concept juridique de copyleft, ainsi que le fondateur de la Free Software Foundation et du projet GNU (Linux sans le noyau).

Richard Stallman à la Fête de l'Humanité 2014 (par Thesupermat)

Steve Langasek a ensuite soumis une General Resolution (GR) proposant que la personne morale Debian soutienne officiellement la prise de position de ses leaders. Mais rien ne s’est passé comme prévu, et ce qui devait être un référendum consensuel a tourné au pugilat sur la mailing list debian-vote en mars et en avril, ces discussions publiques n’étant bien sûr que la partie émergée de l’iceberg.

Huit options ont finalement été soumises au vote :

  1. « Call for the FSF board removal, as in rms-open-letter.github.io« 
  2. « Call for Stallman’s resignation from all FSF bodies »
  3. « Discourage collaboration with the FSF while Stallman is in a leading position »
  4. « Call on the FSF to further its governance processes »
  5. « Support Stallman’s reinstatement, as in rms-support-letter.github.io« 
  6. « Denounce the witch-hunt against RMS and the FSF »
  7. « Debian will not issue a public statement on this issue »
  8. « Further Discussion » (default option)

Pour faire court, c’est l’option 7 qui l’a emporté : Debian will not issue a public statement on this issue. Voici une représentation du résultat du scrutin qui utilise la méthode Condorcet :

Résultat du vote de la GR concernant Richard Stallman

En s’essayant à un peu de taxinomie politique, on constate que les options peuvent être classées en trois groupes. Les options explicites, anti et pro parlent d’elles-mêmes, mais comment connaître l’orientation d’une option implicite ? Sans la condamner, mais en refusant de participer à une chasse aux sorcières, l’option 7 constitue bien un soutien implicite à RMS. Le nombre de voix par rapport à l’option par défaut Further Discussion est le moyen le plus simple d’évaluer ce vote :

  • anti-RMS explicite (droite) : options 1, 2, 3 et 4 pour 203 + 222 + 219 + 221 = 216 voix de moyenne
  • pro-RMS implicite (centre) : option 7 pour 277 voix
  • pro-RMS explicite (gauche) : options 5 et 6 pour 52 + 84 = 68 voix de moyenne

Concernant les suffrages exprimés, il n’y a donc pas eu de vol de scrutin et la méthode Condorcet évite effectivement les problèmes de type Ballon d’or 2018, où l’éparpillement des voix d’un camp permet à une option minoritaire de l’emporter. En effet, une large majorité des votants voulait la peau de RMS, mais cette large majorité voulait aussi préserver le projet Debian d’une explosion probable, et a permis à l’option centriste de l’emporter de justesse.

Cependant, le système de vote de Debian a failli sur un point fondamental mais qui n’avait pourtant jamais semblé poser problème jusqu’ici. En effet, un vote concernant une General Resolution n’est pas secret, ce qui est une pratique totalitaire qui doit être changée. On peut ainsi consulter le détail des votes de chaque votant. S’agissant d’un sujet aussi controversé, la sincérité du scrutin a très probablement été altérée par un taux de participation inférieur à ce qu’il aurait pu être, avec seulement 420 votants sur 1018 Debian Developers.

 

Éthique des Logiciels Libres

mardi, février 15th, 2011

Entre les représentants de Wikimédia France qui, au regard de leurs déclarations, semblent confondre licence Creative Commons BY-SA et licence Creative Commons BY (heureusement que l’avis de cette association n’engage pas celui de Wikimedia Foundation), un co-développeur de txt2tags qui voulait rediffuser sous licence BSD ce logiciel publié sous licence GNU GPL, ou encore Maître Eolas qui s’aventure sur des terrains juridiques qui lui sont inconnus, pour au final un médiocre non-raisonnement qui relève uniquement de la « foi » : il ne croit pas que les licences virales existent… Je ne peux que constater que les principes fondamentaux des logiciels libres, et en particulier le Copyleft, sont mal compris, y compris par des personnes qui prétendent les défendre.

Pour remédier à cela, voici l’Éthique des Logiciels Libres, une brochure dans laquelle j’ai réuni les traductions françaises des textes fondateurs des concepts du logiciel libre, écrits par Richard M. Stallman et Eben Moglen. J’espère en effet qu’une meilleure diffusion de ces textes permettra de combattre les incompréhensions actuelles.

De plus, je voudrais le dire clairement ici, oui les logiciels libres ont une motivation politique de transformation -et même de révolution- sociale. Si vous avez peur de passer pour un anarchiste, lisez L’anarchisme triomphant : le logiciel libre et la mort du copyright, si vous avez peur de passer pour un communiste, lisez  Le Manifeste du Point-Communiste, et vous verrez qu’Eben Moglen, lui, n’a pas peur (et pourtant il est américain, et pourtant il est avocat…). Si le simple fait d’être de gauche vous gêne, sachez que Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia, est un libertarien notoire, c’est-à-dire qu’il serait politiquement classifié en France comme d’extrême-droite.

Grâce à la différenciation sémantique que Jean-Fabien Spitz, spécialiste de Locke et du libéralisme politique, utilise pour expliquer les revirements de la jurisprudence sur la Liberté de la Cour suprême des États-Unis, on peut dire que les licences permissives honorent la Liberté, quand les licences à Copyleft la promeuvent. À titre personnel, tenant du volontarisme en politique, il y a bien longtemps que j’ai choisi de promouvoir la Liberté.

Apple, la honte !

mardi, juillet 27th, 2010

Un point rapide sur ce qu’il est convenu d’appeler « l’Antennagate », en référence au scandale du Watergate qui obligea le président des États-Unis Richard Nixon à démissionner en 1974.

Apple a fourni d’excellents et très innovants smartphones appelés iPhone. La dernière version, l’iPhone 4, a un gros problème : l’antenne externe positionnée en bas à gauche, à l’endroit où l’on pose ses doigts quand on tient le téléphone, est mal isolée, et la réception se retrouve donc exécrable à partir du moment où l’on prend l’iPhone en main pour téléphoner.

Ceci ne serait pas impardonnable si Apple ne s’était lancé dans une incroyable entreprise de lavage de cerveau planétaire.

Toutes les dénégations en sept étapes :

  1. Les vrai-faux mails de Steve Jobs, insultants à l’encontre des personnes ne sachant pas tenir correctement leur téléphone.
  2. Le 3 juillet, une lettre d’enfumage en règle.
  3. Le 15 juillet, une update iOS 4.0.1 (anciennement iPhone OS), avec pour seule modification de résoudre le problème, en changeant l’algorithme de calcul du nombre de barres représentant la qualité du signal reçu. Près de 600 Mo !!!! juste pour afficher n-2 barres de réception (pour Apple ils ont pondu un algorithme incroyable, Knuth en rigole encore).
  4. Le 16 juillet, un Keynote avec Steve Jobs himself pour amuser la galerie.
  5. Une liste de délation des concurrents censés être aussi mauvais qu’Apple.
  6. La révélation des salles de test (les photos sont belles, avec un vrai côté science-fiction) et des 100 Millions de dollars investis pour tester les antennes de l’iPhone en fonctionnement.
  7. La distribution gratuite d’un « bumper« , une coque de protection, permettant d’empêcher un dysfonctionnement qui n’existe pourtant pas selon Apple.

Apple, capable d’excellentes choses en design et en ergonomie, mais aussi en ingénierie logicielle, se révèle ici totalement incapable de reconnaître une erreur, pourtant évidente et constatée par tous. Elle a choisi de faire disparaître les symptômes, de manière ridicule, en transformant l’iPhone en détecteur de relais GSM hyper-précis, par une update logicielle minable même pour une SSII française (et dans ma bouche ce n’est pas peu dire !).

De plus le problème était en fait connu par Apple, qui pour la première fois commercialise elle-même des bumpers de protection pour l’iPhone. Apple a simplement refusé de changer son modéle, malgré son important défaut, car elle sait que de toute manière des millions de pigeons achèteront son iPhone, même si téléphoner avec devient une gageure.

Des millions de personnes qui adhèrent aux mensonges du grand maître Steve Jobs, le suivant tel, au mieux, le gourou d’un secte, au pire, les fanatiques d’un état fasciste.

Se battre pour le logiciel libre c’était aussi se battre contre Micro$oft. Il faut bien comprendre maintenant qu’Apple, qui dépasse ce dernier en terme de capitalisation boursière depuis la fin mai 2010, est aujourd’hui un adversaire au moins aussi important à combattre.

La Free Software Foundation l’a compris depuis longtemps, qui mène depuis 2006 la campagne DefectiveByDesign.org. Oui nous avons tous dit plein de mal de cet horrible Windows, qui était techniquement nul, buggé, plein de virus et de backdoors des agences de renseignement gouvernementales. Il est temps de ne plus faire aucune concession à Apple et ses iBidules (iPhone, iPad, etc.). Nous avons une alternative beaucoup plus évidente qu’à l’époque où nous devions comparer des distributions GNU/Linux encore très jeunes à Windows, nous avons Android et webOS qui sont au moins aussi bien qu’iOS, et sur certains points nettement supérieurs.

L’avenir de l’informatique se joue aujourd’hui, faisons tout pour que la Liberté l’emporte sur le pouvoir Séparé.

Droit du libre

lundi, avril 19th, 2010

J’ai repris mes études cette année, en Master 2 de Droit. Les logiciels libres que je défends ont été produits par le travail commun de nombreuses personnes partageant une même éthique. Une éthique basée sur un concept novateur, puissant et transformateur socialement, un concept juridique et non informatique : le Copyleft.

C’est pourquoi je pense que ce Master de Droit est au moins aussi important pour l’Avenir que mon Master d’Informatique. Les logiciels sous licences libres, mais aussi les créations sous licences Creatives Commons devront immanquablement se faire respecter devant les tribunaux face aux attaques de ceux qui ne voient pas leurs intérêts dans une société plus juste, de partage et de coopération.

Je suis en stage depuis maintenant deux mois chez Hugot Avocats, le cabinet à l’origine de l’assignation de Free pour non respect de la licence GNU GPL. Pour pouvoir travailler dans ce cabinet, j’ai logiquement dû signer un NDA, les avocats étant tenus par leur déontologie au secret professionnel. C’est assez cocasse car maintenant que j’ai tant de choses à dire, je n’ai plus le droit d’en parler :-).

Certains articles trop spécialisés, ou abordant des thématiques différentes (prélèvements ADN, liberté d’expression, etc.) seront rédigés directement sur un blog spécifique dédié au droit. J’espère que les géants Eben Moglen et Lawrence Lessig me laisseront me hisser sur leurs épaules…