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Post-PC, le nouveau sens de multiplateforme

jeudi, décembre 26th, 2013

Un développeur de logiciels propriétaires se pose rarement la question des plateformes supportées par son logiciel. Il développe souvent exclusivement pour un système d’exploitation, avec les outils propriétaires fournis avec son système et ne fonctionnant que sur ce dernier.

Un développeur de logiciels libres est lui naturellement obligé de se poser la question, car il a le choix de ses technologies, et que son système d’exploitation est peut-être minoritaire et donc peu supporté. De plus, il souhaite logiquement toucher le plus large public possible, car ce serait dommage de s’en priver quand on produit du code libre d’être diffusé !

Concernant le poste client, la problématique du multiplatforme s’est posée pendant des années en ces termes :

Est-ce que mon programme fonctionne sous Windows, Mac OS X et GNU/Linux ?

Les parts de marché étaient réparties selon un classique et très stable :

95% Windows
4% OS X
1% Linux

Qui après une décennie de numéros marketing de Steve Jobs autour de l’iPod et du côté hype d’être équipé d’ordinateurs Apple avait abouti à un finalement presque équivalent :

90% Windows
9% OS X
1% Linux

Mais les choses ont vraiment changé sous l’impulsion d’Apple rapidement suivi par Google, avec l’arrivé de l’iPhone en 2007 :

smartphone

Celle de l’iPad en 2010 :

tablet

Et la déferlante de smartphones et tablettes Android qui s’en est suivie. Un changement radical et extrêmement rapide :

multiplateforme

Apple et Google nous ont fait rentrer dans l’ère post-PC des smartphones et des tablettes. Ces trois slides, extraits de la présentation faite par Lars Knoll au cours des Qt Developer Days 2012, ont déjà plus d’un an, et la situation s’est encore accentuée depuis.

Bien sûr, on peut légitimement se réjouir de voir Android, un système d’exploitation libre basé sur Linux, dominer aussi outrageusement les systèmes d’exploitation propriétaires, donnant ainsi au libre l’éclatante victoire qu’il n’avait jamais obtenue sur le poste utilisateur classique.

Cependant, c’est bien un cri d’alarme que je souhaite lancer, car j’ai l’impression que pendant que des milliers (millions ?) d’applications propriétaires sans intérêt sont produites pour ces nouvelles plateformes, les logiciels libres de type applicatif n’y sont que très peu représentés, pour ne pas dire totalement absents.

Cette situation n’est pas complètement absurde, car un développeur de logiciels libres est un utilisateur productif. Un ordinateur dépourvu de clavier ne lui permettant pas de programmer, il n’en fera jamais sa machine principale, et il aura une vision des usages informatiques construite sur cette réalité, qui est la sienne.

À titre personnel, j’ai une utilisation assez limitée de mon smartphone, qui n’est qu’un téléphone me permettant de lire mes mails et m’indiquant ma position sur une carte, et je ne suis pas près d’avoir une tablette.

Mais il faut prendre conscience que certaines personnes ont rangé leur ordinateur portable dans une armoire, et qu’elles n’utilisent plus que leur tablette et leur smartphone, et ce de manière intensive.

On peut aussi voir cela comme une opportunité à saisir, car s’intéresser à ces nouvelles plateformes mobiles c’est aussi penser à de nouvelles fonctionnalités ou à de nouveaux types d’utilisation qui n’avaient pas lieu d’être jusqu’à présent.

Pour que la situation des applications libres évolue dans le bon sens, il faut d’urgence repenser la problématique du multiplatforme ainsi :

Est-ce que mon programme fonctionne sous Windows, Mac OS X, GNU/Linux, iOS et Android ?

Ubuntu Edge à 695$, Canonical casse les prix

jeudi, août 8th, 2013

L’Ubuntu Edge est un projet de smartphone haut de gamme utilisable sous Android et Ubuntu mobile, mais surtout fournissant un bureau Ubuntu complet (les trois systèmes d’exploitation partageant le même noyau Linux).

C’est la première vraie proposition de convergence réelle, innovante et crédible faite par une entreprise, ce qui explique pourquoi j’en souhaite vraiment la réussite. Et pour une fois cette innovation grand publique majeure viendrait des logiciels libres, ce qui me permet d’y adhérer pleinement.

Pour commencer la production Canonical a lancé, le 22 juillet 2013, une campagne de financement participatif extrêmement ambitieuse, puisqu’elle vise à récolter pas moins de 32 millions de dollars.

Aujourd’hui, alors que plus de la moitié des 30 jours de campagne se sont écoulés, la somme d’argent accumulée de plus de 8 millions de dollars, bien qu’impressionnante à bien des égards, ne semble pas suffisante pour espérer boucler le financement.

Ainsi, les statisticiens appelés à la rescousse pour évaluer les chance de réussite de la campagne pronostiquent-ils une somme finale de 22 millions de dollars. Et quand on visualise la dynamique de la situation, on peut même penser que c’est une prévision déjà plutôt optimiste :

Rappelons que c’est une campagne de type tout ou rien, c’est à dire que soit les 32 millions de dollars sont atteints et dépassés, soit ils ne le sont pas et dans ce cas les sommes sont remboursées. C’est donc pour réagir à cette situation difficile pour le projet que Canonical a fait deux annonces aujourd’hui.

La première est la création d’une offre spéciale orientée entreprise de 100 Ubuntu Edge plus 30 jours de support pour 80 000 dollars.  L’adhésion à cette offre de Bloomberg, qui est une entreprise de grande notoriété, est mis en avant pour essayer de convaincre d’autres entreprises.

La seconde est la baisse du prix de l’Ubuntu Edge à 695$ (environ 520 euros), auxquels il faut ajouter 30$ de port si l’on réside ailleurs qu’aux États-Unis ou au Royaume-Uni. Alors que la politique de prix a connu plusieurs ajustements successifs, laissant poindre une certaine forme d’improvisation, ce prix d’appel devrait être le dernier.

Si vous voulez croire en ce projet, c’est donc maintenant ou jamais !

Pour ceux qui, comme moi, ont déjà investi leurs économies dans un Ubuntu Edge vendu à un prix plus onéreux, pas d’inquiétude, Canonical remboursera la différence à la fin de la campagne.

Lucas Nussbaum élu DPL pour 2013

lundi, avril 15th, 2013

C’est Lucas Nussbaum qui vient d’être élu Debian Project Leader (DPL) pour l’année 2013, succédant ainsi au triple mandat de Stefano Zacchiroli.

Lucas Nussbaum devance Allan Moray et Gergely Nagy (déjà candidat malheureux en 2004 et 2012). Voici une représentation du résultat du scrutin qui utilise la méthode Condorcet.

Bravo à toi Lucas, et bonne chance dans la mise en œuvre de ton programme à partir du 17 avril !

Quel DPL pour 2013 ?

lundi, mars 11th, 2013

Le temps passe vite, et cela fait déjà presque un an que Stefano Zacchiroli, dit Zack, a vu son mandat de Debian Project Leader (DPL) re-renouvelé.

Le plus important est bien sûr de lire les programmes de chacun des candidats :

Les presque mille développeurs Debian seront libres de faire leur choix du 31 mars au 13 avril lors d’un vote utilisant la méthode Condorcet.

Il y a trois candidats, le même nombre que l’année dernière, ce qui est un peu moins en moyenne que les années précédentes, mais l’absence du triple sortant laisse présager  d’un scrutin très ouvert. Les candidats doivent vraiment se sentir libres de proposer des idées et des orientations originales et innovantes.

La campagne qui commence et qui durera jusqu’au 30 mars devrait donc être très dynamique et permettre d’ouvrir publiquement certains débats, ce que chacun pourra suivre sur la mailing list debian-vote.

La honteuse mise à mort d’Unity 2D !

dimanche, août 26th, 2012

Canonical a décidé de tuer Unity 2D, la version d’Unity fonctionnant même sans carte graphique 3D puisqu’utilisant Qt et Metacity en lieu et place de Nux et Compiz.

Personnellement je l’ai appris par un message d’Ogra, sur la mailing list Ubuntu/AC100 à laquelle je suis inscrit car  le port d’Ubuntu pour le Toshiba AC100 est de loin la meilleure distribution Linux disponible pour cette machine (que j’ai offerte à ma sœur et dont j’assure la maintenance). Mais si cela a autant d’importance pour moi c’est que j’utilise Unity 2D, que je trouve plus légère et plus rapide qu’Unity, sur toutes mes machines Desktop.

En fait, la décision a d’abord été annoncée lors du Ubuntu Developer Summit Q, au détour d’une conférence sur l’avenir de GNOME dans Ubuntu. Sa réalisation a commencé avec  un bug à portée générale et vient d’être confirmée par Jason Warner, le Ubuntu Desktop Manager.

Mais alors que se passera-t-il  lorsqu’un ordinateur n’aura pas les capacités 3D nécessaires à Unity, si l’on ne peut plus avoir recours à Unity 2D ? La solution choisie par Canonical est la même que celle que Red Hat a mise en œuvre pour GNOME Shell et qui fonctionne depuis Fedora 17 : utiliser LLVMpipe, qui est basé sur Gallium3D, pour émuler en software les fonctionnalités 3D manquantes du hardware.

Ceci implique très logiquement de gros problèmes de performance et, le plus grave selon moi, une compatibilité limitée aux seuls processeurs x86. Or, en plus du Toshiba AC100 et de son processeur ARM, j’utilise aussi de vieux Macs équipés de processeurs PowerPC comme desktop…

L’intérêt bien compréhensible de Canonical est de concentrer toutes ses forces dans un seul projet. Cette démarche est rationnelle, mais le choix du projet est plus que contestable, car c’est celui qui fonctionne le mieux, alors même qu’il est plus jeune et qu’il bénéficie de moins de développeurs, qui se retrouve sacrifié.

Comme je l’avais envisagé à l’annonce d’Unity 2D, Canonical simplifie son offre logicielle pour le desktop, mais contrairement à ce que j’espérais ce n’est pas Unity qui disparaît. Pourtant, le choix d’Unity 2D pour le projet Ubuntu TV et les besoins du projet Ubuntu for Android m’avaient clairement conforté dans mon analyse, et rendent d’autant plus surprenante la décision d’abandonner Unity 2D maintenant.

Est-il encore temps de réagir et d’obtenir que Canonical revienne sur sa décision ? Un fork d’Unity 2D, avec port immédiat vers GSettings, sans le soutien de Canonical est-il viable ? J’ai vraiment l’impression de ne pas être le seul à préférer Unity 2D à Unity pour des machines ayant un support 3D, et je me demande si Canonical avait vraiment conscience de cela au moment où la mise à mort de Unity 2D a été décidée…

 

Zack 3.0

dimanche, avril 15th, 2012

Stefano Zacchiroli (Zack) vient d’être re-réélu Debian Project Leader.

Il devance très largement Wouter Verhelst (déjà candidat malheureux en 2007 et 2010) et Gergely Nagy (déjà malheureux lui en 2004) :

DPL 2012

Zack a annoncé pendant la campagne que ce troisième mandat consécutif de DPL serait son dernier. Souhaitons qu’il se déroule aussi bien, et même encore mieux !, que les deux premiers, et que Zack puisse mettre en œuvre au mieux son programme.

Android pour les Abribus !

jeudi, avril 5th, 2012

En  passant place de la Bastille à Paris (j’ai cours tout près, à l’EFB, rue de Charenton), j’ai croisé un Abribus d’un nouveau genre, aux allures de soucoupe volante, doté d’un design futuriste et de nombreux écrans :

Cet Abribus est un prototype de JCDecaux, faisant partie des 40 projets de mobilier urbain intelligent retenus par la ville de Paris. Le grand écran de 42 pouces en pleine action :

Les deux écrans de l’arrière :

Les écrans sont tous tactiles multitouch et proposent de nombreux services que je ne détaillerai pas car là n’est pas mon propos. En effet, c’est le système d’exploitation utilisé par cet Abribus qui m’intéresse, et l’utilisateur de smartphone un peu perspicace que je suis a tout de suite reconnu Android, un système d’exploitation libre basé sur le noyau Linux !

Ceci est une réelle bonne nouvelle, car jusqu’à présent JCDecaux utilise pour ses différentes bornes des solutions basées sur Microsoft Windows, ce qui présente pas mal d’inconvénients. Ainsi, tous les utilisateurs réguliers de Vélib’ ont été au moins une fois confrontés à une station totalement plantée, ce que JCDecaux résout tant bien que mal en redémarrant ses bornes toutes les nuits…

Si, à l’avenir, Android devait remplacer Windows, les utilisateurs y gagneraient donc des stations plus stables et plus fonctionnelles, et JCDecaux ferait des économies de licence (ce qui devrait impliquer des économies pour la Ville de Paris et donc pour les contribuables parisiens…).

Quel DPL pour 2012 ?

lundi, mars 19th, 2012

Le temps passe vite, et cela fait déjà presque un an que Stefano Zacchiroli, dit Zack, a vu son mandat de Debian Project Leader (DPL) renouvelé. Sans concurrent en 2011, Zack est cette année en compétition avec Wouter Verhelst (candidat malheureux en 2007 et 2010) et Gergely Nagy (malheureux lui en 2004). Il a justifié sa nouvelle candidature par le proverbe italien « Non c’è due senza tre« , qui semble bien être l’équivalent de notre « Jamais deux sans trois ».

Le plus important est bien sûr de lire les programmes de chacun des candidats :

Les presque mille développeurs Debian sont maintenant libres de faire leur choix lors d’un vote utilisant la méthode Condorcet. Le nombre de trois candidats est un peu inférieur à la moyenne des années précédentes, qui est de quatre environ, mais il permet tout de même un belle campagne qui ouvre publiquement certains débats, que chacun peut suivre sur la mailing list debian-vote.

Freebox, enfin le code source !

mercredi, septembre 14th, 2011

 

Après de trop longues tergiversations, et en accord avec l’article 11.5.2 de ses nouvelles conditions générales de vente du 1er août 2011, Free se met enfin en conformité avec les termes de la licence GNU GPL et de son Copyleft, en donnant accès aux codes sources modifiés utilisés dans les Freebox !

C’est le dernier des trois grands FAI français à effectuer cette démarche, SFR ayant ouvert un premier site en 2007, puis un second en 2010 pour les sources de sa NeufBox, et Orange un site en 2009 pour les sources de sa LiveBox. Il semblerait d’ailleurs qu’il y ait une belle dynamique de création de firmwares alternatifs pour la NeufBox, puisque c’est la seule des trois box à ne pas être victime de tivoisation, c’est-à-dire d’un système électronique empêchant l’utilisation d’un firmware modifié.

Si la liste des logiciels libres utilisés dans ces box est très longue, les composants de base sont le noyau Linux et la mini boîte à outils Unix BusyBox, qui sont tous les deux sous licence GNU GPLv2. L’action en justice entreprise en 2008 contre Free par Harald Welte, pour son code de Netfilter dans le noyau Linux, et les développeurs de BusyBox Erik Andersen et Rob Landley, trouve ici son dénouement logique. On appréciera au passage  le travail de Maître Olivier Hugot dans ce dossier.

Pour les personnes qui auraient encore eu un doute, la licence GNU GPL et le Copyleft ont une validité juridique incontestable, et si vous voulez utiliser des codes sources qui y sont soumis, vous devez en respecter les règles, toutes les règles.

Zack 2.0

mercredi, avril 20th, 2011

Zack

C’est officiel depuis le 16 avril, Stefano Zacchiroli (Zack) vient d’être réélu Debian Project Leader. Sans surprise, car comme vous pourrez le constater à la vue des résultats, l’option 1 « Stefano Zacchiroli » était seulement concurrencée par l’option 2 « None Of The Above », et ces deux options ne constituaient donc pas une réelle alternative.

DPL 2011

Le fait que Zack soit le seul candidat a provoqué un petit débat sur le caractère démocratique du vote, lui-même regrettant de ne pas avoir « d’adversaire ». Mais cela aurait-il été mieux  avec un « adversaire » fantoche, ayant le rôle pré-attribué du perdant de l’élection, comme caution démocratique ? En fait, nous sommes ici confrontés à un faux problème, lié à l’erreur très répandue d’établir l’unité entre démocratie et élections, quelque chose que l’on pourrait écrire :

démocratie = élections

alors que même sans chercher trop loin, et en utilisant le ou informatique, c’est-à-dire non exclusif, on peut proposer facilement le beaucoup plus riche :

démocratie = consensus ou élections ou manifestations ou insurrections

Zack, dont l’action comme DPL cette année a de toute évidence été grandement appréciée, a fait consensus sur son nom. Tout le monde le sait depuis la clôture de la période de candidature le 12 mars.

Sauf a faire du fétichisme du vote, on aurait pu apprécier la chance qu’une communauté aussi grande et diverse arrive à un consensus, et se baser sur cette dynamique pour commencer des actions utiles, plutôt que d’organiser un vote inutile et absurde.

Zack, dont les qualités aussi bien techniques qu’humaines sont reconnues de tous, a un an de plus pour mettre en œuvre son programme, et il est certain qu’avec l’expérience qu’il a maintenant, il sera encore meilleur que l’année dernière !