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Héros de jeu vidéo, dans FLARE !

jeudi, février 9th, 2012

FLARE, pour Free/Libre Action Roleplaying Engine, est un jeu vidéo libre disponible sous Windows, Mac OS X et Linux. Le projet a commencé sous le nom OSARE, pour Open Source Action Roleplaying Engine, et en a changé suite à une discussion entre Clint Bellanger, le principal développeur du projet, et l’inusable Richard Stallman.

Le jeu y a gagné un nom « éthique », puisque défendant ouvertement nos valeurs, ainsi qu’un logo, puisque flare signifie en gros flamme en anglais.

C’est la licence GNU GPL version 3 qui est utilisée pour le code source du moteur du jeu, et la licence Creative Commons BY-SA 3.0 pour toutes les données et fichiers artistiques (desseins, textures, musique, etc.).

Justin Nichol, un jeune artiste qui souhaitait produire des données créatives utilisables dans FLARE , tout en finançant la fin de sa formation à la Concept Design Academy, a donc créé en décembre 2010 le projet Creative Commons Fantasy Portrait Marathon sur le site de financement collaboratif Kickstarter.

Il a ainsi récolté 2 567 dollars auprès de 33 donateurs, ayant donné chacun entre 10 et 250 dollars. J’ai personnellement donné 100 dollars pour un pack « Spellslinger » que je me suis offert à moi-même comme cadeau de Noël, et qui ne me permet pas moins que de devenir un vrai héros de jeu vidéo !

One of the characters in the set will be based on your likeness and you will have additional creative input during the painting process into the background, concept and costuming of the character. You will receive a print of the portrait.

Après plus d’un an de travail, Justin vient juste de publier la trentaine de portraits promis. En plus d’être licenciés sous Creative Commons BY-SA, ils ont été créés uniquement à l’aide de logiciels libres, principalement GIMP.

Je trouve le rendu des portraits très concluant, et je suis en particulier très content du mien. Et un jour prochain, en étant un peu patient, je pourrai faire apt-get install flare (c’est-à-dire installer FLARE sur ma Debian ou ma Ubuntu) et jouer avec Moi l’Unique !

Je crois que ce genre d’initiative est à même de donner un sacré coup de vieux à l’énorme industrie des jeux vidéo propriétaires, que les jeux libres ont pour l’instant bien du mal à concurrencer, la disparité de moyen semblant particulièrement insurmontable (les grands jeux vidéos se développent à coup de dizaines de millions d’euros) .

En effet, les jeux vidéos sont des logiciels d’une espèce hybride, avec des spécificités très fortes qui les différencient des logiciels classiques (importance du non logiciel comme les visuels, la musique, le scénario, etc.), et on ne concurrence donc pas World of Warcraft aussi facilement que IIS si l’on est juste un bon développeur.

Nous avons besoin de Clint Bellanger, mais nous avons aussi besoin de Justin Nichol, l’alliance des deux permettant d’ouvrir des voies qui resteront pour toujours fermés aux jeux propriétaires, et qui pourraient donc permettre la réussite des jeux vidéo libres auprès du grand public.

Mise à jour du 10 février 2012 : Tous les portraits sont maintenant disponibles aux formats PNG, JPEG et XCF (le format natif de Gimp, à utiliser si vous souhaitez modifier les fichiers).

Freebox, enfin le code source !

mercredi, septembre 14th, 2011

 

Après de trop longues tergiversations, et en accord avec l’article 11.5.2 de ses nouvelles conditions générales de vente du 1er août 2011, Free se met enfin en conformité avec les termes de la licence GNU GPL et de son Copyleft, en donnant accès aux codes sources modifiés utilisés dans les Freebox !

C’est le dernier des trois grands FAI français à effectuer cette démarche, SFR ayant ouvert un premier site en 2007, puis un second en 2010 pour les sources de sa NeufBox, et Orange un site en 2009 pour les sources de sa LiveBox. Il semblerait d’ailleurs qu’il y ait une belle dynamique de création de firmwares alternatifs pour la NeufBox, puisque c’est la seule des trois box à ne pas être victime de tivoisation, c’est-à-dire d’un système électronique empêchant l’utilisation d’un firmware modifié.

Si la liste des logiciels libres utilisés dans ces box est très longue, les composants de base sont le noyau Linux et la mini boîte à outils Unix BusyBox, qui sont tous les deux sous licence GNU GPLv2. L’action en justice entreprise en 2008 contre Free par Harald Welte, pour son code de Netfilter dans le noyau Linux, et les développeurs de BusyBox Erik Andersen et Rob Landley, trouve ici son dénouement logique. On appréciera au passage  le travail de Maître Olivier Hugot dans ce dossier.

Pour les personnes qui auraient encore eu un doute, la licence GNU GPL et le Copyleft ont une validité juridique incontestable, et si vous voulez utiliser des codes sources qui y sont soumis, vous devez en respecter les règles, toutes les règles.

L’impact de Django

jeudi, septembre 1st, 2011

Armin Ronacher, membre de la Pocco Team, est le principal développeur de nombreux projets libres comme le langage de template Jinja et le microframework Flask, qui sont des programmes Python très populaires et d’excellente qualité.

Le 8 juin, lors du DjangoCon Europe 2011, il a fait une présentation intitulée The Impact of Django ayant un contenu similaire en bien des points à mon article du 6 juin intitulé Et le meilleur framework web Python est… Django !. Vous pouvez voir la conférence en ligne et en consulter ou télécharger les slides.

Bien sûr, il est assez plaisant de constater qu’un développeur, qui n’est pas loin d’être le meilleur au monde sur le sujet, fait une analyse très proche de la mienne en particulier en prenant le contre-exemple de TurboGears et en montrant l’influence du langage de template de Django. Cependant, il ajoute deux éléments  d’analyse, l’un social et l’autre juridique.

Premièrement, Armin pense que, d’une manière assez similaire à Ruby on Rails pour Ruby, Django est actuellement la locomotive du langage Python :

Django is the reason Python is getting that much attention lately.

Ainsi, environ 1 200 des 15 000 paquets disponibles sur PyPi contiendraient « Django » dans leur nom, de même que 10 000 des 77 000 dépôts sur GitHub et 3 000 dépôts sur Bitbucket. Si Python est beaucoup plus utilisé que Ruby en dehors du web, l’importance de ce dernier est telle qu’il est logique que le logiciel qui y est leader soit aussi le leader du langage.

Deuxièmement, Armin lie le succès de la licence BSD dans la communauté Python avec celui de Django et de son écosystème. Ansi 700 des 2 500 paquets sous licence BSD sur PyPI sont classés Django. Et surtout la licence BSD semble être utilisée par des projets assez récents, quand les plus anciens privilégiaient la licence GNU GPL.

Le choix de la licence est quelque chose de fondamental pour un logiciel libre, et il faut réfléchir aux implications réelles qui en découlent. En pratique, dans le contexte du serveur web qui est celui de Django, la licence GNU GPL n’est pas spécialement plus contraignante qu’une licence BSD, n’obligeant pas à redistribuer le code source modifié, et choisir l’une plutôt que l’autre n’a donc pas vraiment de signification pertinente.

Pour ce type de logiciel, si l’on veut voir s’appliquer la puissance du copyleft, il faut utiliser la licence GNU Affero GPL. À titre personnel, c’est la licence que je conseille, mais si l’on veut une licence libérale, alors je trouve effectivement plus clair de choisir une licence BSD qu’une licence GNU GPL vidée de sa substance par le contexte du logiciel serveur.

Droit du libre

lundi, avril 19th, 2010

J’ai repris mes études cette année, en Master 2 de Droit. Les logiciels libres que je défends ont été produits par le travail commun de nombreuses personnes partageant une même éthique. Une éthique basée sur un concept novateur, puissant et transformateur socialement, un concept juridique et non informatique : le Copyleft.

C’est pourquoi je pense que ce Master de Droit est au moins aussi important pour l’Avenir que mon Master d’Informatique. Les logiciels sous licences libres, mais aussi les créations sous licences Creatives Commons devront immanquablement se faire respecter devant les tribunaux face aux attaques de ceux qui ne voient pas leurs intérêts dans une société plus juste, de partage et de coopération.

Je suis en stage depuis maintenant deux mois chez Hugot Avocats, le cabinet à l’origine de l’assignation de Free pour non respect de la licence GNU GPL. Pour pouvoir travailler dans ce cabinet, j’ai logiquement dû signer un NDA, les avocats étant tenus par leur déontologie au secret professionnel. C’est assez cocasse car maintenant que j’ai tant de choses à dire, je n’ai plus le droit d’en parler :-).

Certains articles trop spécialisés, ou abordant des thématiques différentes (prélèvements ADN, liberté d’expression, etc.) seront rédigés directement sur un blog spécifique dédié au droit. J’espère que les géants Eben Moglen et Lawrence Lessig me laisseront me hisser sur leurs épaules…