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Base LEGI et système de fichiers : ext4 vs XFS

jeudi, décembre 8th, 2016

Comme je l’indiquais dans mon article sur la base LEGI, cette dernière est assez volumineuse et structurée d’une manière très complexe. Ainsi, la dernière version de la base est composée de 1 624 783 fichiers XML, répartis dans une arborescence absconse de 1 537 949 sous-répertoires pour une taille d’une dizaine de Go.

Cette structure est suffisamment extrême pour nous amener à nous interroger sur le choix et sur les performance de notre système de fichiers, alors que la plupart des gens utilisent un système de fichiers sans même en avoir vraiment conscience et a fortiori sans le choisir.

Le première chose si vous souhaitez travailler sur la base LEGI, qui est composée d’un très grand nombre de petits fichiers, c’est de privilégier l’utilisation d’un SSD à celle d’un disque dur classique. En effet, les performances seront 10 à 20 fois meilleures avec un SSD.

Les systèmes de fichiers sont un sujet très technique et de très bas niveau, sur lequel peu de personnes sont compétentes et où les convictions affichées relèvent parfois plus de la croyance que de l’analyse scientifique. Voici donc trois éléments de comparaison objectifs et compréhensibles des systèmes de fichiers ext4 – le choix par défaut sous Linux – et XFS.

1) Taille de la base LEGI

Dans mon article je mentionnais que la base LEGI pouvait varier de taille selon le système de fichier, sans citer explicitement ext4 et XFS.

ext4 : 15 Go
XFS : 9 Go

Pourquoi une telle différence ? C’est Jean-Baptiste Denis qui m’a aidé à percer ce mystère. En fait XFS possède des Shortform Directories qui permettent de stocker les petits répertoires directement dans leur inode. Les 6 Go supplémentaires correspondent donc aux 1 537 949 blocs de 4 Ko créés par ext4 pour chacun des sous-répertoires.

Vainqueur : XFS

2) Nombre d’inodes

Un inode est utilisé par fichier et par répertoire lors de la décompression de la base LEGI. Il faut donc que la partition dans laquelle est stockée la base possède au minimum 1 624 783 + 1 537 949 = 3 162 732 inodes. Or le nombre d’inodes varie selon les systèmes de fichiers et les options de formatage. Pour visualiser le nombre d’inodes de vos partitions il suffit d’utiliser la commande df -ih.

ext4 : 65 000 inodes/Go
XFS : 1 000 000 inodes/Go

Ceci n’est pas du tout anecdotique, car beaucoup d’hébergeurs ne permettent pas de choisir votre système de fichier : ce sera ext4 avec ses options de formatage par défaut et rien d’autre. Avec seulement 65 000 inodes par Go, il faudra une partition d’une taille minimale de 50 Go pour pouvoir stocker la base entière. Cela implique que certaines offres de VPS peu chères, avec une capacité de stockage SSD de petite taille, ne vous permettront pas d’exploiter la base LEGI.

Vainqueur : XFS

3) Performances

J’ai évalué les performances des deux systèmes de fichiers avec plusieurs commandes parcourant la base LEGI sur un serveur Xeon 8 cœurs 3,7 GHz doté de 16 Go de RAM et d’un SSD. Les résultats permettent de comparer Ext4 et XFS, mais les performances sur votre ordinateur risquent d’être nettement inférieures.

J’ai utilisé la commande echo 3 | sudo tee /proc/sys/vm/drop_caches pour vider les caches avant chaque essai (merci Jean-Baptiste bis).

Commandeext4XFSext4/XFS
du -hsc legi3'08"0'53"3,5
find legi -type d | wc -l3'06"0'56"3,3
find . -name "*.xml" | wc -l2'54"0'51"3,4
tar xzf Freemium_legi_global.tar.gz2'26"1'18"1,9

On peut ici conclure que XFS se révèle globalement 3 fois plus rapide qu’ext4.

Vainqueur : XFS

XFS sort donc grand vainqueur de cette comparaison avec ext4, et je ne peux que vous encourager à l’utiliser si vous voulez exploiter la base LEGI. À titre personnel, j’ai décidé de ne plus utiliser que XFS.

Open Data juridique : l’utilisation de la base LEGI

samedi, novembre 12th, 2016

Suite au rapport sur l’ouverture des données publiques que le magistrat à la Cour des comptes et développeur Debian Mohammed Adnène Trojette a remis au Premier ministre le 5 novembre 2013, la majorité des bases de données juridiques de l’administration française ont été rendues disponibles en Open Data.

Ainsi, depuis juin 2014, la base LEGI, composée de l’ensemble des codes, lois et règlements français, est mise à disposition par la DILA, la Direction de l’information légale et administrative. La base complète est fournie environ deux fois par an sous la forme d’un ficher archive compressé, auquel viennent s’ajouter des mises à jour quotidiennes.

La base LEGI est très imposante. La dernière archive complète (Freemium_legi_global_20160406-082840.tar.gz) pèse 745 Mo, et elle se décompresse dans un répertoire legi d’une taille variant entre 9 et 15 Go selon votre système de fichiers.

Une fois que les données sont en Open Data, toutes les initiatives deviennent possibles. Voici les six projets que j’ai pu référencer :

NomArchéo Lexlegi.pyLegi DisplayLegit.jllegifrance-goCodes Droit.org
AuteurSeb35ChangacoSedLexeraviart (Etalab)SteeveHabett
Origine des donnéesLEGILEGILEGILEGILégifrance puis LEGILégifrance puis LEGI
ProductionDépôts GitTest des donnéesPlugin WordPressDépôts GitDépôt GitPDF et ePub
LangagePythonPythonPHPJuliaGoPerl
SGBDSQLite (Peewee)SQLiteMySQL---
LicenceWTFPLCC0GPLMITGPLPropriétaire

Le projet le plus ancien est les Codes pour Droit.org, qui a précédé l’ouverture de la base LEGI. Ce projet avait donc commencé en récupérant directement les données du site web Légifrance.

Le seul projet a avoir bénéficié d’une importante couverture médiatique -d’un gros buzz-, avec articles sur Le Monde et Le Figaro, tweets de Maître Éolas et de la secrétaire d’État chargée du numérique Axelle Lemaire, et en conséquence plus de 2 500 étoiles sur GitHub, est le Code civil que Steeve fournit sous la forme d’un dépôt Git.

Paradoxalement c’est un projet techniquement très limité :

  • seulement deux codes fournis (d’abord le Code civil, puis le Code pénal)
  • récupération des données du site web Légifrance alors que la base LEGI était disponible depuis presque un an
  • logiciel de génération des codes jamais distribué, donc propriétaire

Cependant, il a eu le grand mérite de faire connaître au grand public ce qui est sûrement l’innovation la plus importante que l’informatique peut apporter à l’étude des textes juridiques : une bonne visualisation des changements entre les versions grâce aux diff générés par un logiciel de gestion de versions comme Git.

Diff Article 34 du Code civil

Archéo Lex, un projet complet qui fournit tous les codes de la base LEGI sous la forme de dépôts Git ainsi que le logiciel utilisé pour les générer, était pourtant apparu plusieurs mois avant le Code civil de Steeve…

Enfin, la mission Etalab s’est emparée de la démarche et a fourni tous les codes et toutes les lois non codifiées sous la forme de dépôts Git ainsi que Legit.jl, le logiciel utilisé pour les générer. C’est très bien, mais je trouve que le choix du langage de programmation Julia est contestable, non pas d’un point de vue technique, mais d’un point de vue communautaire. En choisissant un langage aussi confidentiel, on se prive de toute chance de voir des contributeurs extérieurs s’y intéresser…

Concernant la qualité des données de la base LEGI, Seb35 remercie la DILA pour la très bonne qualité des métadonnées tandis que Changaco indique avoir été un peu découragé par la structure médiocre des données.

Personnellement, je pense que le manque de dynamique autour de la base LEGI, qui est pourtant l’une des plus intéressantes de l’Open Data en France, s’explique par la complexité de l’organisation des données qui la rend difficilement exploitable. Ainsi, la dernière version de la base est composée de 1 624 783 fichiers XML, répartis dans une arborescence absconse de 1 537 949 sous-répertoires. Je suis convaincu qu’il reste encore plein de choses à faire pour rendre ces riches données plus accessibles et plus exploitables.

Mise à jour du 16 novembre 2016 : Tous les codes sont présents dans la branche everything du Code civil de Steeve, et ils ont été générés à partir de la base LEGI avec le logiciel libre legifrance-go.

Arduino, la réunification

dimanche, octobre 2nd, 2016

Banzi et Musto au Maker Faire de New York

Massimo Banzi (à gauche sur la photo) et Federico Musto (à droite) viennent d’annoncer sur l’estrade du Maker Faire de New York la « réunification » du projet Arduino. Arduino LLC et Arduino srl ont de plus publié conjointement un communiqué sur leur site web respectif Arduino.cc et Arduino.org.

Il y a un an et demi, en mars 2015, la scission du projet Arduino avait été rendue publique. Une bataille juridique s’était engagée concernant la propriété et l’exploitation de la marque Arduino dans le monde, amenant à la création de la marque Genuino. La disponibilité des produits Arduino était devenue très problématique et la vision du futur plus qu’incertaine.

La situation était très préjudiciable au plus important des projets de hardware libre et je suis vraiment très heureux de relayer l’annonce d’une transaction entre les parties plutôt que de faire un cas pratique de droit des marques sur le sujet !

Erlang passe sous licence Apache 2.0

mardi, octobre 6th, 2015

Le langage de programmation Erlang est passé sous licence Apache 2.0, à l’occasion de la sortie de sa version 18.0 le 24 juin dernier.

Au commencement un logiciel propriétaire, Erlang avait été libéré par Ericsson en 1998 sous Erlang Public License, une version modifiée de la licence Mozilla.

L’abandon total d’un Copyleft déjà faible me semble anecdotique dans ce changement de licence. En revanche, le passage d’un important logiciel libre d’une licence spécifique à une licence très populaire participe d’un mouvement de consolidation des licences de logiciel libre, permettant une compréhension plus claire des obligations y afférentes et donc une meilleure sécurité juridique.

Pour le choix d’une licence sans Copyleft, ou « permissive », la licence Apache 2.0 est à recommander, tout comme le fait la Free Software Foundation, car elle est plus complète que ses concurrentes, en particulier concernant les brevets.

La consolidation des licences libres est une évolution positive à mon sens, et l’exemple d’Erlang pourrait peut-être inspirer Python ou d’autres logiciels libres ayant leur propre licence…

La CNIL dans MISC, la fuite des données sur Internet

jeudi, décembre 25th, 2014

Un petit peu au dernier moment, je voudrais signaler un excellent article dans le n°76 de novembre-décembre de MISC, le magazine français de référence concernant la sécurité informatique.

« Analyse d’une inscription en ligne : comment vos données fuitent sur Internet » a été écrit par Stéphane Labarthe et Benjamin Vialle, le principal développeur de MarkUs, un logiciel libre d’annotation de code et de travaux.

Tous deux sont contrôleurs au sein de la  CNIL, la Commission nationale de l’informatique et des libertés, et les exemples qu’ils donnent s’inspirent donc de situations bien réelles auxquelles ils ont été confrontés au cours de leur travail.

L’article a l’avantage d’être très didactique, donnant les outils et les méthodes pour inspecter soi-même le parcours des données personnelles et des cookies que l’on est bien obligé de transmettre sur Internet, par exemple quand l’on veut commander des cadeaux (en passant Joyeux Noël à tous !).

Et si à cette occasion l’on détecte des fuites de données inappropriées, on peut saisir la CNIL qui s’est vu attribuer des prérogatives de contrôle en ligne par la loi Hamon du 17 mars 2014, dont l’article 105 a modifié l’article 44-III de la loi Informatique et libertés.

 

 

Avocat du libre !

jeudi, octobre 24th, 2013

Voilà, c’est fait, depuis le 11 octobre 2013 je suis officiellement titulaire du CAPA, le certificat d’aptitude à la profession d’avocat, promotion Dominique de la Garanderie de l’EFB.

Si je ne poste que maintenant, c’est peut-être qu’il m’a fallu un peu de temps pour pleinement réaliser que ce long parcours semé d’embûches que sont les études d’avocat était vraiment terminé.

C’est de manière somme toute normale, qu’après avoir réussi le concours du barreau il y a deux ans, j’ai suivi les cours et effectué les stages nécessaires. Je termine ce cycle d’études en majorant le grand oral de déontologie, le juge de paix du CAPA, avec un joli 18/20.

Être à la fois développeur de logiciels libres et avocat est quelque chose de peu commun, et peut-être même d’unique, et sans fausse modestie, j’en suis très fier.

Le droit innovant créé pour les logiciels libres s’est largement diffusé avec le succès grandissant de ces derniers, mais aussi en abordant de nouveaux domaines, comme la création artistique, le hardware ou la cartographie.

C’est un droit puissant porteur de transformations sociales profondes, mais très peu étudié et trop souvent mal compris ; et j’ai bien l’intention de tout faire pour que cela change !

 

INRIA : Michel Cosnard, dégage !

mercredi, juillet 10th, 2013

Le 3 juillet 2013, le projet de loi ESR, pour l’enseignement supérieur et la recherche, était adopté par le Sénat, avec comme article 6 II concernant le Code de l’éducation :

– L’article L. 123-4-1 du même code est ainsi rétabli:
« Art. L. 123-4-1. – Le service public de l’enseignement supérieur met à disposition de ses usagers des services et des ressources pédagogiques numériques.
« Les logiciels libres sont utilisés en priorité. »

Le même jour, une lettre signée conjointement par :

était adressée à Madame Geneviève Fioraso, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, dénonçant l’article 6 de la loi comme étant dangereux et discriminatoire.

Cette lettre de lobbying des éditeurs de logiciels propriétaires ne laissa pas sans réaction la communauté du libre, surtout avec le spectre d’une deuxième défaite, après celle enregistrée sur la loi pour la refondation de l’école de la République, et le 4 juillet 2013, l’AFUL publiait une lettre ouverte à la ministre.

De plus, le 7 juillet 2013, François Pellegrini, chercheur au sein d’une équipe commune INRIA-LaBRI, fait part de sa surprise et de sa consternation sur son blog. Et le 8 juillet 2013, une réponse des personnels de l’INRIA était signée par 79 directeurs de recherche, chargés de recherche, ingénieurs de recherche et doctorants de l’institut, dénonçant la prise de position de leur P.D.G., faite sans aucune concertation en interne, et s’en désolidarisant.

Le 9 juillet 2013, c’est l’Assemblée nationale qui votait la loi, l’article 6 étant renommé article 9, mais heureusement sans aucune modification.

Le problème de la « lettre de la honte » du 3 juillet, ce n’est pas qu’elle soit signée par Jamel Labed et Guy Mamou-Maani, qui défendent leurs intérêts d’éditeur de médiocres logiciels propriétaires, c’est qu’elle le soit de la main de Michel Cosnard, président de l’INRIA.

Ah non suis-je bête, ce n’est plus l’INRIA, acronyme d’Institut national de recherche en informatique et en automatique, mais Inria, une marque, un nom marketing sans signification mais qui sonne bien. Voilà le genre de grandes décisions pour la recherche qui sont prises sous la direction de Michel Crosnard.

Michel Cosnard est P.D.G. (soit dit en passant ce titre fait plus penser à la direction d’une grande entreprise qu’à celle d’un institut de recherche…) de l’INRIA, et à ce titre il a signé de nombreux accords avec Microsoft, le symbole historique de la nullité des logiciels propriétaires, avec en particulier  l’ouverture d’un laboratoire de recherche commun… de qui se moque-t-on ? La seule motivation est l’argent. Cela n’est plus supportable, cela a assez duré.

INRIA Microsoft

Il n’est pas un endroit dans la société où le logiciel propriétaire soit plus illégitime que dans dans la recherche, il n’est pas un endroit dans la société où le logiciel propriétaire soit plus inutile que dans l’enseignement.

Le président d’un institut de recherche qui signe une lettre comme celle du 3 juillet se décrédibilise définitivement, et, s’il a un minimum d’élégance, il se doit de démissionner de lui-même, surtout compte tenu de la fronde qu’il a provoquée en interne ; sinon il doit être viré.

Jailbreak aux USA : smartphones toujours, tablettes pas encore

mercredi, novembre 7th, 2012

Le 26 octobre 2012 a été publiée la cinquième version des exceptions à l’interdiction de contournement des systèmes de protection du Copyright (droit d’auteur) aux États-Unis. Ces exceptions sont débattues dans le cadre d’une longue procédure de consultations participatives prévue par la section 1201 du Digital Millennium Copyright Act (DMCA), et menée par le bureau du Copyright de la bibliothèque du Congrès.

Cette révision triennale de la réglementation a pour but de permettre une adaptation rapide du cadre juridique aux évolutions technologiques. C’est une manière de procéder très différente de la nôtre, puisque nous bénéficions en France d’un cadre légal définissant à l’article L. 122-6-1 IV du Code de la propriété intellectuelle une exception globale à des fins d’interopérabilité :

La reproduction du code du logiciel ou la traduction de la forme de ce code n’est pas soumise à l’autorisation de l’auteur lorsque la reproduction ou la traduction au sens du 1° ou du 2° de l’article L. 122-6 est indispensable pour obtenir les informations nécessaires à l’interopérabilité d’un logiciel créé de façon indépendante avec d’autres logiciels […]

Le défaut de cette méthode est que c’est le juge qui trace la limite par la jurisprudence, et qu’en l’absence de contentieux et donc de jugements, nous sommes confrontés à une forme « d’insécurité juridique ». Les américains savent eux de manière beaucoup plus claire ce qu’il est possible de faire ou non. Ainsi, concernant les smartphones et les tablettes, c’est la classe B qui nous intéresse :

B. Wireless Telephone Handsets—Software Interoperability

Computer programs that enable wireless telephone handsets to execute lawfully obtained software applications, where circumvention is accomplished for the sole purpose of enabling interoperability of such applications with computer programs on the telephone handset.
This exemption is a modification of the proponents’ proposal. It permits the circumvention of computer programs on mobile phones to enable interoperability of non-vendor-approved software applications (often referred to as ‘‘jailbreaking’’), but does not apply to tablets—as had been requested by proponents—because the record did not support it.

Mais qui étaient donc les « proponents » , c’est à dire ceux qui ont proposé et soutenu cette classe de périphériques, qui voulaient pouvoir jailbreaker non seulement leurs smartphones, mais aussi leurs tablettes ?

Proponent Electronic Frontier Foundation (‘‘EFF’’), joined by New America Foundation’s Open Technology Initiative, New Media Rights, Mozilla Corporation (‘‘Mozilla’’), and the Free Software Foundation (‘‘FSF’’), as well as several hundred individual supporters

Il n’est pas surprenant d’y retrouver l’EFF, déjà à l’origine de la proposition en 2010, soutenue par les groupements du logiciel libre les plus influents politiquement, la FSF et Mozilla, ainsi que par des centaines de particuliers. Mais pourquoi le bureau du Copyright a-t-il refusé de considérer cette nouvelle catégorie de périphériques ? Le FUD habituel d’un lien entre jailbreak et « piratage », c’est-à-dire « contrefaçon » en droit français, est balayé d’un revers de main :

While Joint Creators raised concerns about pirated applications that are able to run on jailbroken devices, the record did not demonstrate any significant relationship between jailbreaking and piracy.

C’est en fait le caractère mal défini ou trop large de l’appellation « tablette », recouvrant potentiellement trop de types de périphériques différents, qui est la justification du refus :

The Register found significant merit to the opposition’s concerns that this aspect of the proposed class was broad and illdefined, as a wide range of devices might be considered ‘‘tablets,’’ notwithstanding the significant distinctions among them in terms of the way they operate, their intended purposes, and the nature of the applications they can accommodate. For example, an ebook reading device might be considered a ‘‘tablet,’’ as might a handheld video game device or a laptop computer.

Même si l’agence gouvernementale américaine des télécoms (NTIA) était d’un tout autre avis, puisqu’elle considérait la définition proposée par l’EFF comme totalement pertinente :

NTIA was persuaded that the proposed class should apply to tablets as well as mobile phones, believing that category to have been sufficiently defined by EFF.

Cependant, le bureau du Copyright n’insulte pas l’avenir et laisse la porte ouverte pour les prochaines révisions des exceptions :

In future rulemakings, as mobile computing technology evolves, such a definition might be more attainable

Dont acte, rendez-vous en 2015 !

 

 

Prince of Persia libéré !

mercredi, avril 18th, 2012

Prince of Persia est un jeu vidéo culte qui a réellement marqué l’histoire des jeux vidéo, en particulier pour son innovante technique d’animation rotoscopique. Or sa version originelle, sortie sur Apple II en 1989, vient d’être libérée par Jordan Mechner.

C’est son père qui, il y a trois semaines, en faisant du rangement, a retrouvé dans un carton trois vieilles disquettes 3.5″, âgées de plus de 20 ans, dans lesquelles se trouvait encore le précieux code source du jeu.

Le code source, qui est maintenant disponible sur GitHub, est de l’assembleur pour 6502, un processeur utilisé sur une très grande variété de machines différentes, ce qui laisse pas mal d’espoir de voir apparaître de nouveaux portages. La riche documentation technique, fournie à l’époque par Jordan pour aider les développeurs effectuant les portages commerciaux, devrait alors être encore une fois d’un grand secours.

La disponibilité du code source rend les choses beaucoup plus simples, bien que la programmation en assembleur puisse paraître effrayante pour beaucoup de programmeurs « modernes », et évite d’avoir recours au reverse engineering comme lors du superbe travail de portage de Prince of Persia sur Commodore 64, économisant ainsi beaucoup d’énergie et de talent.

Le choix de la licence utilisée n’est pas encore très clair, Jordan indiquant juste dans le README:

We did this for fun, not profit. As the author and copyright holder of this source code, I personally have no problem with anyone studying it, modifying it, attempting to run it, etc. Please understand that this does NOT constitute a grant of rights of any kind in Prince of Persia, which is an ongoing Ubisoft game franchise. Ubisoft alone has the right to make and distribute Prince of Persia games.

Je lui ai demandé des précisions sur son Twitter, moyen de communication qu’il semble privilégier, et j’espère qu’il répondra rapidement. En attendant, vous pouvez toujours jouer au clone Flash de POP :

[kml_flashembed publishmethod= »static » fversion= »8.0.0″ movie= »http://91.121.199.16/1980-games/flash4/jeux-action/jeux-flash/prince-of-persia.swf » width= »420″ height= »300″ targetclass= »flashmovie »]

Flash n’est pas installé ? Tant mieux !

[/kml_flashembed]

Et ainsi réfléchir aux Ghz de CPU et aux Go de RAM que vous utilisez, alors que la version dont on a aujourd’hui le code source faisait que le Mhz du 6502 et ses quelques Ko de RAM suffisaient à obtenir le même résultat.

À l’époque où un jeu vidéo était une œuvre indissociable de son développeur, inventeur aussi bien de l’idée originale que du scénario, créateur aussi bien du code source que des graphismes ; et où chaque instruction assembleur utilisée était un trésor d’optimisation de code (when men were men and wrote their own device drivers)…

Héros de jeu vidéo, dans FLARE !

jeudi, février 9th, 2012

FLARE, pour Free/Libre Action Roleplaying Engine, est un jeu vidéo libre disponible sous Windows, Mac OS X et Linux. Le projet a commencé sous le nom OSARE, pour Open Source Action Roleplaying Engine, et en a changé suite à une discussion entre Clint Bellanger, le principal développeur du projet, et l’inusable Richard Stallman.

Le jeu y a gagné un nom « éthique », puisque défendant ouvertement nos valeurs, ainsi qu’un logo, puisque flare signifie en gros flamme en anglais.

C’est la licence GNU GPL version 3 qui est utilisée pour le code source du moteur du jeu, et la licence Creative Commons BY-SA 3.0 pour toutes les données et fichiers artistiques (desseins, textures, musique, etc.).

Justin Nichol, un jeune artiste qui souhaitait produire des données créatives utilisables dans FLARE , tout en finançant la fin de sa formation à la Concept Design Academy, a donc créé en décembre 2010 le projet Creative Commons Fantasy Portrait Marathon sur le site de financement collaboratif Kickstarter.

Il a ainsi récolté 2 567 dollars auprès de 33 donateurs, ayant donné chacun entre 10 et 250 dollars. J’ai personnellement donné 100 dollars pour un pack « Spellslinger » que je me suis offert à moi-même comme cadeau de Noël, et qui ne me permet pas moins que de devenir un vrai héros de jeu vidéo !

One of the characters in the set will be based on your likeness and you will have additional creative input during the painting process into the background, concept and costuming of the character. You will receive a print of the portrait.

Après plus d’un an de travail, Justin vient juste de publier la trentaine de portraits promis. En plus d’être licenciés sous Creative Commons BY-SA, ils ont été créés uniquement à l’aide de logiciels libres, principalement GIMP.

Je trouve le rendu des portraits très concluant, et je suis en particulier très content du mien. Et un jour prochain, en étant un peu patient, je pourrai faire apt-get install flare (c’est-à-dire installer FLARE sur ma Debian ou ma Ubuntu) et jouer avec Moi l’Unique !

Je crois que ce genre d’initiative est à même de donner un sacré coup de vieux à l’énorme industrie des jeux vidéo propriétaires, que les jeux libres ont pour l’instant bien du mal à concurrencer, la disparité de moyen semblant particulièrement insurmontable (les grands jeux vidéos se développent à coup de dizaines de millions d’euros) .

En effet, les jeux vidéos sont des logiciels d’une espèce hybride, avec des spécificités très fortes qui les différencient des logiciels classiques (importance du non logiciel comme les visuels, la musique, le scénario, etc.), et on ne concurrence donc pas World of Warcraft aussi facilement que IIS si l’on est juste un bon développeur.

Nous avons besoin de Clint Bellanger, mais nous avons aussi besoin de Justin Nichol, l’alliance des deux permettant d’ouvrir des voies qui resteront pour toujours fermés aux jeux propriétaires, et qui pourraient donc permettre la réussite des jeux vidéo libres auprès du grand public.

Mise à jour du 10 février 2012 : Tous les portraits sont maintenant disponibles aux formats PNG, JPEG et XCF (le format natif de Gimp, à utiliser si vous souhaitez modifier les fichiers).