Éthique des Logiciels Libres

Entre les représentants de Wikimédia France qui, au regard de leurs déclarations, semblent confondre licence Creative Commons BY-SA et licence Creative Commons BY (heureusement que l’avis de cette association n’engage pas celui de Wikimedia Foundation), un co-développeur de txt2tags qui voulait rediffuser sous licence BSD ce logiciel publié sous licence GNU GPL, ou encore Maître Eolas qui s’aventure sur des terrains juridiques qui lui sont inconnus, pour au final un médiocre non-raisonnement qui relève uniquement de la « foi » : il ne croit pas que les licences virales existent… Je ne peux que constater que les principes fondamentaux des logiciels libres, et en particulier le Copyleft, sont mal compris, y compris par des personnes qui prétendent les défendre.

Pour remédier à cela, voici l’Éthique des Logiciels Libres, une brochure dans laquelle j’ai réuni les traductions françaises des textes fondateurs des concepts du logiciel libre, écrits par Richard M. Stallman et Eben Moglen. J’espère en effet qu’une meilleure diffusion de ces textes permettra de combattre les incompréhensions actuelles.

De plus, je voudrais le dire clairement ici, oui les logiciels libres ont une motivation politique de transformation -et même de révolution- sociale. Si vous avez peur de passer pour un anarchiste, lisez L’anarchisme triomphant : le logiciel libre et la mort du copyright, si vous avez peur de passer pour un communiste, lisez  Le Manifeste du Point-Communiste, et vous verrez qu’Eben Moglen, lui, n’a pas peur (et pourtant il est américain, et pourtant il est avocat…). Si le simple fait d’être de gauche vous gêne, sachez que Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia, est un libertarien notoire, c’est-à-dire qu’il serait politiquement classifié en France comme d’extrême-droite.

Grâce à la différenciation sémantique que Jean-Fabien Spitz, spécialiste de Locke et du libéralisme politique, utilise pour expliquer les revirements de la jurisprudence sur la Liberté de la Cour suprême des États-Unis, on peut dire que les licences permissives honorent la Liberté, quand les licences à Copyleft la promeuvent. À titre personnel, tenant du volontarisme en politique, il y a bien longtemps que j’ai choisi de promouvoir la Liberté.

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21 Responses to “Éthique des Logiciels Libres”

  1. Ze dit :

    Je croit dans le logiciel libre, je comprend parfaitement leurs licences mais je suis quand même en accord avec le raisonnement juridique de Me Éolas.

    Dire que cela contamine automatiquement comme ca n’a aucun sens juridique en France. La seule personne qui pourra décider quelque chose est un juge lorsque vous irez le voir pour faire reconnaitre la contrefaçon et vous pourrez alors demander (mais vraiment pas sur qu’on vous l’accorde) à voir le logiciel contrefacteur passé sous la licence libre en question.

    La plupart du temps vous gagnerez juste une interdiction que votre code soit utilisé dans le logiciel contrefait et des dommages et intérêts.

    Comme souvent le droit ne doit pas être confondu avec la morale, ou une idéologie aussi belle soit-elle.

  2. LCG dit :

    « De plus, je voudrais le dire clairement ici, oui les logiciels libres ont une motivation politique de transformation -et même de révolution- sociale. »

    Tout à fait d’accord avec ça.

    Merci pour le reste de l’article et les écrits que je vais m’empresser de (re)lire.

  3. Christophe dit :

    « sachez que Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia, est un libertarien notoire, c’est-à-dire qu’il serait politiquement classifié en France comme d’extrême-droite. »

    Classez Jimmy Wales à l’extrême droite est tout de sacrément douteux. En France, la droite extrême est clairement xénophobe et policière. Je ne vois dans le libertarianisme qui ne puisse autoriser cette assimilation excessive et exécrable.

    • fgallaire dit :

      En France, des gens qui sont pour la peine de mort et pour que tout le monde porte des armes sont classifiés à l’extrême-droite. Le Tea Party qui est principalement libertarien est classifié à l’extrême-droite même aux États-Unis ! Tu ne sembles connaître qu’une partie de l’extrême-droite, renseigne-toi un peu plus avant de parler « d’assimilation exécrable ».

      • Desidia dit :

        Le ton que vous employez pour répondre à vos contradicteurs n’est pas pour attirer la sympathie ni donner envie de prolonger la discussion avec vous.

        • fgallaire dit :

          Par contre dire que je fais une « assimilation exécrable » c’est trop sympa ? Ne prolongeons pas la discussion effectivement 🙂

      • Christophe dit :

        J’ai répondu rapidement ; il manquait dans ma réponse bien des mots. Désolé. Les doigts vont moins vite que la pensée.

        Comme le dit Desidia ci-dessous, le ton employé est quand franchement sympathique. Mais bon, passons outre outrance, assez coutumière pour avoir été signalée ailleurs, notamment par Maître Eolas auquel cet article doit être une forme de non réponse.

        « Tu ne sembles connaître qu’une partie de l’extrême-droite, renseigne-toi un peu plus avant de parler “d’assimilation exécrable”. » Le procédé est toujours le même, celui que dénonce Maître EOLAS à juste titre : « J’AI RAISON PARCE QUE J’AI RAISON. » Procédé rhétorique éprouvé mais assez peu efficace à la démonstration et surtout pas à la discussion.

        L’assimilation des libertariens à l’extrême droite est douteuse, je le maintiens. Le contexte politique n’est nullement identique et les deux exemples que tu donnes le montrent au mieux : en France, le port des armes est interdit ou plutôt est limité, bien plus qu’aux USA. Et la peine de mort a été abolie, ce qui n’est pas le cas sur l’ensemble des territoires états-uniens.

        Une pareille assimilation (libertatien = extrême droite) a le défaut de sa qualité : ce que l’on essaie de gagner en extension on le perd en compréhension.

      • djiock dit :

        D’accord pour le côté « anarchiste de droite » des libertariens, mais les Tea Party sont quand même avant tout du parti républicain qui est de la bonne vieille droite dure à l’ancienne.
        Les libertariens sont souvent à l’écart de ce genre de frasques et se font discrets (c’est aussi pour cela qu’on est souvent surpris qu’untel est libertarien, par exemple Trey Parker et Matt Stone)

  4. […] This post was mentioned on Twitter by Creasy, Debian. Debian said: Florent Gallaire: Éthique des Logiciels Libres: Entre les représentants de Wikimédia France qui, au regard de le… http://bit.ly/h2K5Ow […]

  5. Stephane dit :

    j’ai vu quelques typos:
    page 10:
    – « n’ˆtes pas les seuls à … » : problème sur l’accente ê
    – « la meilleure maniàre » -> manière

    page 11:
    – « bien que soi même » -> soi-même

  6. ANDRE Ani dit :

    Bravo pour votre article et pour cette brochure 😉

  7. Kalix dit :

    Je suis juriste spécialisé dans la propriété intellectuelle, un défendeur du libre depuis longtemps et je pense que le copyright (au sens américain – je rappelle que le copyright n’existe pas en France) est, dans ses modalités actuelles, une aberration. Toutefois je dois avouer être de plus en plus déçu par les arguments développés dans le débat (pour ou contre).

    J’ai eu l’occasion de voir Stallman en conférence et d’avoir une discussion avec lui : Quelle déception ! Avec une condescendance quasi-insultante, même pour les défenseurs du libre, il développait SES vérités en expliquant que dés qu’on n’était pas d’accord avec lui, on était contre la « liberté ». Au lieu de rester à sa place (et je ne remets pas en cause sa compétence, loin de là), il se mettait au dessus de tout le monde (juristes, développeurs, juges, législateurs, philosophes, …). Bref quelle déception ! Cela ne retire en rien le respect que j’ai pour son travail, mais je pense qu’il dérape aujourd’hui et a tendance à confondre beaucoup de choses tant sur le plan juridique, que politique.

    Quand à l’analyse de Me Eolas, je la trouve globalement pertinente du point vue du droit.

    Cher Florent, vous avez tendance à confondre le droit et l’éthique. Ce n’est pas parce que quelque chose est « bien » qu’il est légal. Toute construction juridique (comme la licence GNU par exemple) a beau avoir sa propre éthique, que je respecte énormément, elle ne peut pas se placer au dessus de la loi et elle se doit de respecter les raisonnements juridiques en vigueur pour être à 100% applicable (ce qui n’est pas encore le cas dans le cadre français à mon avis).

    A mon avis, ce type de licence a été développé dans un système et un esprit juridique qui n’est pas le notre, ce qui lui donne quelques faiblesses.

    Je vous remercie grandement pour votre travail concernant ce manifeste éthique qui sera très utile, j’en suis sûr.

    • fgallaire dit :

      Comme vous l’avez compris je partage presque totalement la « ligne » Éthique de Stallman. Maintenant je suis assez d’accord avec vous sur le fait que ses conférences ne sont pas vraiment enthousiasmantes. D’abord il n’est pas un tribun ou un « showman ». Ensuite, de mon expérience, le fait qu’il s’exprime en français n’était finalement peut-être pas une si bonne idée : mieux vaut un propos brillant en anglais, qu’un propos médiocre en français. Ensuite oui il est probablement psychorigide, mais franchement, c’est un biais psychologique nécessaire pour faire des grandes choses. On ne commence pas à réécrire seul Unix dans son coin en 1984 si on est pas un peu fou…

  8. deb2deb dit :

    Merci beaucoup pour ce petit reader digest du libre.

    Petites remarques :
    1/ Les motivations du logiciels libres sont certes politiques, elles visent certainement une transformation sociale, par contre sont-elles révolutionnaires pour autant ? L’expérience nous montre plutôt une lente insinuation ou imprégnation sociale (une progressive prise de conscience).
    2/ Rien d’étonnant dès lors que des individus se réclamant de l’anarchisme (de gauche et de droite) ou du communisme (dont je rappelle qu’il est incompatible avec l’anarchisme, je renvoie aux violentes diatribes de Marx contre Proudhon par ex.) se retrouvent sur le terrain du logiciel libre. Au passage, la confusion entre libertaire (extrême-gauche) et libertarien (extrême-droite) est assez compréhensible dans la mesure où les prémisses sont identiques (plus d’État) bien que les moyens d’y parvenir et les motivations premières ne sont pas du tout les mêmes.
    3/ La remarque de Ze pourrait s’appliquer à n’importe quelle licence, pas seulement aux licences virales. Lorsqu’il qu’il y a violation d’une licence, on en vient immanquablement à l’arbritage juridique. Et bien souvent cela se termine en eau de boudin (compromis entre les parties ou dommages et intérêts sans suite). Le droit et incompatible avec toute motivation quelle soit politique, économique ou autre. Et c’est tant mieux. Il n’a pas à tenir compte des motivations de chacun.

    En tout cas très bonne initiative, elle apporte certainement une pierre au débat.

  9. Christophe dit :

    Par ailleurs, il faut tout de même vous dire que cette publication toute de circonstance est une manœuvre bien maladroite. Vous prenez à caution le mouvement du libre pour couvrir des agissements qu’un certain Maître Eolas a clairement désigné, par ce que vous qualifiez ici même de « médiocre non-raisonnement », comme illégal ou contrefaçon. Ce qui n’est pas grandement servir la cause du logiciel libre.

    • fgallaire dit :

      Bon j’ai bien compris que tu souhaitais ouvrir un fan club pour Maître Eolas, mais je ne suis pas sûr que cela intéresse grand monde… Quand aux avocats spécialistes du domaine avec lesquels j’ai travaillé, ils valident mon analyse.
      Cette publication ne te plait pas, mais rien ne te plaira jamais venant de moi… De plus elle n’a rien de « circonstance », sinon je l’aurais publiée il y’a 3 mois. Elle fait juste partie de ma très longue TODO list (je te préviens, tu vas avoir encore plein de mauvaises surprises !).

  10. yam dit :

    Bien sur que les « avocats spécialistes du domaine » valident l’ analyse du blogueur de ces lieux.

    C’est même exactement pour ça que ce dernier a triomphalement défait Flammarion devant les tribunaux.
    Et qu’il permet encore aujourd’hui de télécharger « La carte et le territoire » sur son propre blog.

    Ah oui j’oubliais : Lol

    • fgallaire dit :

      Je ne peux malheureusement pas gagner un procès qu’on ne me fait pas…

      • XavXav dit :

        Du coup la question se pose, si les « avocats spécialistes du domaine avec lesquels [vous avez] travaillé (…) valident [votre] analyse », il n’est que temps de remettre l’ouvrage de Houellebecq en téléchargement non ?

        • fgallaire dit :

          Mais il est au téléchargement, comme tous les ouvrages qui sortent, il n’y a que les benêts qui feignent de l’ignorer. Mon but n’est pas de me transformer en une énième plateforme de téléchargement, mais à faire avancer des problématiques juridiques révolutionnaires et encore mal connues.

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